Canicules, réglementation environnementale et sagesse ancestrale : repenser le confort d’été dans le logement neuf

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L’été 2026 restera dans les mémoires. Le 24 juin, la France a enregistré la journée la plus chaude de son histoire, avec une température moyenne nationale de 29,9°C, un record qui dépasse ceux de juillet 2019 et d’août 2003. Dès le lendemain, 89 départements étaient placés en vigilance canicule, touchant plus de 63,5 millions de personnes, soit plus de 95 % de la population métropolitaine.

Face à cette accélération des épisodes de chaleur extrême, une question s’impose aux professionnels de l’immobilier : nos logements neufs sont-ils réellement conçus pour y faire face ? Et si certaines réponses se trouvaient dans des savoir-faire ancestraux, à mille lieues de nos standards de construction actuels ?

1. La RE2020 est-elle encore à la hauteur ?

Adoptée en 2022, la Réglementation Environnementale RE2020 a introduit pour la première fois une exigence de confort d’été dans la construction neuve. Une avancée bienvenue, mais dont la pertinence est aujourd’hui interrogée par une partie des professionnels du secteur.

Le constat est partagé par plusieurs experts : la réglementation reste structurellement plus exigeante sur le confort d’hiver que sur le confort d’été. Une asymétrie qui pose question à l’heure où les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses et plus longues que les épisodes de grand froid.

Plus troublant encore : la base de calcul du confort d’été s’appuie encore aujourd’hui sur les données météorologiques de la canicule de 2003. Un scénario qui, décrit par les ingénieurs du secteur, était pensé comme un cas extrême il y a vingt ans, mais qui pourrait devenir une situation presque banale dans les décennies à venir si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel.

Le chiffre qui interpelle : un logement sur trois est aujourd’hui considéré comme une « bouilloire thermique » par la Fondation pour le logement des défavorisés, un rappel que le sujet ne concerne pas que les constructions neuves, mais l’ensemble du parc existant.

Pour les promoteurs, aménageurs et collectivités, cette évolution du cadre réglementaire, actuellement en discussion dans le cadre de la loi « Relance logement » doit être suivie de près : elle conditionnera directement la conception des futurs programmes, notamment sur des enjeux d’orientation des bâtiments, de protections solaires et de choix de matériaux.

2. La RE2025 : le premier vrai coup de vis, déjà en vigueur

Pendant que le débat se poursuit sur le confort d’été, un durcissement bien réel est déjà entré en application : la RE2025, premier palier de renforcement de la RE2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2025 pour tous les permis de construire déposés à compter de cette date.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il ne s’agit pas d’une réglementation totalement nouvelle et indépendante, mais bien d’une étape programmée dès l’origine de la RE2020, dans une trajectoire de durcissement progressif prévue jusqu’en 2031, avec un objectif final de neutralité carbone du secteur du bâtiment à l’horizon 2050.

Ce qui change concrètement

– Un abaissement des seuils carbone à la construction (IC Construction) : pour une maison individuelle, le seuil passe de 640 à 530 kg CO₂/m², soit une baisse d’environ 17 %. Pour un logement collectif, le seuil est désormais fixé à 650 kg CO₂/m².

– Une division par deux de l’exigence IC Énergie pour les logements collectifs non raccordés au réseau de gaz un signal fort en faveur de l’électrification et des réseaux de chaleur bas carbone.

– Une extension progressive du périmètre réglementaire : après les maisons individuelles, logements collectifs, bureaux et établissements scolaires, la RE2025 s’étend désormais aux hôtels, commerces, crèches, EHPAD et établissements d’enseignement supérieur, et aux catégories de bâtiments tertiaires (hôtels, restaurants, commerces).

– Un principe de mixité des matériaux : la réglementation n’impose plus de filière constructive privilégiée (bois, béton, acier, biosourcés ou recyclés), mais encourage à combiner intelligemment les matériaux selon leur cycle de vie, pour éviter la pénurie d’une ressource donnée tout en favorisant l’innovation technique.

Un coût à anticiper

Ce durcissement n’est pas neutre financièrement : le rapport Rivaton remis au ministère du Logement en juillet 2025 estime le surcoût de construction lié à la RE2025 entre 5 % et 10 %, soit environ 90 à 150 €/m² selon les typologies. Un paramètre à intégrer très en amont dans les bilans de faisabilité des opérations.

Le lien avec le confort d'été et les matériaux biosourcés

C’est là que la RE2025 rejoint directement notre sujet : en resserrant les seuils carbone et en levant le verrou de la filière imposée, la réglementation ouvre la porte à un usage accru de matériaux bas carbone tel que le bois, chanvre, paille, terre crue, qui présentent souvent, comme nous allons le voir, d’excellentes propriétés d’inertie thermique et donc de confort d’été. Décarbonation et confort d’été ne sont donc plus deux sujets parallèles, mais deux faces d’une même équation de conception.

3. Comprendre l'indicateur DH : la nouvelle boussole du confort d'été

Concrètement, comment la RE2020 mesure-t-elle le confort d’été ? Depuis 2022, l’ancien indicateur (la Température Intérieure Conventionnelle, ou Tic) a été remplacé par un outil plus fin : le DH, ou Degré-Heure d’inconfort.

Son principe est simple : dès que la température intérieure d’un logement dépasse 28°C le jour ou 26°C la nuit, chaque degré supplémentaire est comptabilisé, heure par heure, sur l’ensemble de l’année. La somme de ces écarts donne le score DH du bâtiment.

Deux seuils structurent la réglementation :

– En dessous de 350 DH : le logement est considéré comme confortable. C’est l’objectif de référence recherché par une conception bioclimatique réussie.

– Entre 350 et 1250 DH : le projet reste conforme, mais des pénalités s’appliquent sur le calcul de sa performance énergétique globale, incitant les concepteurs à revoir leur copie.

– Au-delà de 1250 DH : le projet est purement et simplement recalé. Ce plafond correspond, à titre indicatif, à environ 25 jours consécutifs à 30°C le jour et 28°C la nuit, avec quelques dérogations pour les régions les plus chaudes du pourtour méditerranéen.

Pour les équipes de maîtrise d’ouvrage et les bureaux d’études thermiques, cet indicateur est devenu un point de vigilance central dès les phases amont de conception : orientation des bâtiments, taille et emplacement des baies vitrées, protections solaires, matériaux de façade.

4. Concevoir sans climatiser : les solutions passives qui font leurs preuves

Bonne nouvelle : atteindre un bon score DH n’implique pas nécessairement de multiplier les équipements actifs de refroidissement. Les solutions les plus efficaces relèvent d’abord de la conception bioclimatique :

– L’ombre : protections solaires extérieures, débords de toiture, brise-soleil orientables, végétalisation des façades et des abords.

– L’inertie thermique : des matériaux massifs (béton, terre crue, pierre) qui absorbent la chaleur en journée et la restituent lentement, lissant les pics de température intérieure.

– L’aération nocturne : une conception qui permet un rafraîchissement naturel du bâtiment pendant les heures les plus fraîches, via une ventilation traversante bien pensée.

– Les brasseurs d’air : une solution basse consommation qui améliore le ressenti sans recourir à la climatisation mécanique.

Ces principes ne sont pas nouveaux. Ils s’inspirent largement de l’architecture vernaculaire, développée bien avant l’ère de la climatisation, et c’est précisément dans ce patrimoine de savoir-faire traditionnels que l’on retrouve des réponses particulièrement abouties.

5. Le tsuchikabe : ce que l'architecture traditionnelle japonaise peut apprendre à la promotion immobilière française

Direction le Japon, où une technique multiséculaire mérite un regard neuf !

Le tsuchikabe (土壁, littéralement « mur de terre ») est une technique de construction japonaise transmise depuis des siècles, encore visible dans les machiya, ces maisons traditionnelles urbaines, et dans l’habitat rural ancien.

Son principe constructif est d’une élégante simplicité !

– Une ossature en bois (poteaux et poutres) est mise en place, assemblée selon des techniques traditionnelles de charpente japonaise sans clou ni visserie (le shiguchi), par simple emboîtement des pièces de bois.

– Des pièces de bois posées en diagonale, les sujikai , viennent contreventer la structure entre les poteaux. Une fois le mur achevé, elles seront totalement invisibles, mais ce sont elles qui empêchent le bâtiment de se déformer et lui confèrent sa résistance, y compris face aux séismes.

– Un treillis de bambou fin est ensuite tissé dans les espaces entre poteaux, formant un support léger et souple.

– Enfin, plusieurs couches de terre crue mélangée à de la paille sont appliquées à la main sur ce treillis, séchant progressivement sur plusieurs semaines pour former un mur massif, homogène et respirant.

Pourquoi cette technique résonne avec nos enjeux de confort d’été ?

Le tsuchikabe n’a pas été conçu, à l’origine, pour répondre à un cahier des charges climatique mais ses propriétés physiques en font une réponse étonnamment pertinente aux enjeux actuels :

– Une forte inertie thermique : la masse de terre crue absorbe la chaleur diurne et la restitue lentement, lissant naturellement les variations de température intérieure, exactement le principe recherché pour améliorer un score DH.

– Une régulation hygrométrique naturelle : la terre crue absorbe et restitue l’humidité ambiante, contribuant au confort ressenti sans dispositif mécanique.

– Une économie de moyens et de matières locales : terre, bambou, bois et paille produits dans un rayon très restreint autour du chantier, pour un bilan carbone minimal, un principe aujourd’hui recherché par les filières biosourcées et géosourcées françaises.

Une source d'inspiration pour la France ?

Cette technique n’est pas exotique pour notre pays : elle fait écho à des savoir-faire traditionnels français qui connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt, le pisé, le torchis et la terre-paille, particulièrement présents dans certaines régions (Rhône-Alpes, Bretagne, Normandie). Ces matériaux géosourcés, longtemps délaissés au profit du parpaing et du béton, reviennent progressivement dans les réflexions des concepteurs à la recherche d’alternatives bas carbone et performantes en confort d’été.

On peut regretter ici l’arrêt du projet Cycle Terre basé à Sevran (93) visant à la récupération des terres d’excavation des chantiers du Grand Paris Express pour la fabrique de matériaux en terre crue. Heureusement, d’autres projets sont toujours actifs comme Terrio qui est spécialisé dans la production en pisé. 

Bien sûr, la terre crue structurelle reste difficilement transposable telle quelle à des opérations de logement collectif en zone dense, soumises à des contraintes réglementaires, foncières et de délais très différentes de celles d’une maison individuelle japonaise construite pièce par pièce sur plusieurs mois. Mais la philosophie qui la sous-tend, miser sur la matière et la conception plutôt que sur l’équipement actif, constitue une piste de réflexion précieuse pour les opérations de demain : usage de bétons ou d’enduits à forte inertie, intégration de matériaux biosourcés en façade, recours croissant à la terre crue dans le second œuvre (enduits intérieurs, cloisons).

En conclusion

L’intensification des épisodes caniculaires rebat les cartes de la conception des logements neufs. Si la RE2020 a posé un premier cadre avec l’indicateur DH, la réglementation devra probablement évoluer pour intégrer des scénarios climatiques plus réalistes que ceux de 2003. La RE2025, elle, apporte déjà une réponse partielle en resserrant les seuils carbone et en ouvrant la voie à une plus grande diversité de matériaux, une évolution qui, bien conçue, peut servir à la fois les objectifs de décarbonation et de confort d’été.

En attendant de nouveaux paliers réglementaires en 2028 puis 2031, les réponses les plus efficaces restent souvent les plus simples : orientation, ombre, inertie et ventilation naturelle, des principes que l’architecture traditionnelle, y compris à l’autre bout du monde, maîtrisait déjà de longue date.

Ces enjeux de confort d’été sont désormais inévitables dans l’aménagement paysager et la conception architecturale des projets. 

Sources et références :

Ademe, Connaissance des Énergies.